2. Le théâtre de l'histoire
Son premier film sort en février 1925 : c'est La Grève, dont le héros est le peuple, les personnages, les ouvriers et leurs oppresseurs, mouchards et bourreaux. Il exprime la violence de l'éruption révolutionnaire et celle de la répression. La dominante sadique, présente dans toute son œuvre, ne l'est jamais plus qu'ici, en particulier dans le final, avec ses enfants tués et ses victimes massacrées, que le montage compare à des bœufs à l'abattoir. Elle indique peut-être que son intérêt, plus qu'à la politique, va au théâtre de l'histoire. Ce désir ne sera que trop comblé dans les années à venir, où la politique deviendra rituel. La Grève lui vaut en effet la commande d'une œuvre commémorant la révolution de 1905. C'est Le Cuirassé Potemkine, qui sort à la fin de la même année. Réalisé rapidement et dans l'improvisation pour respecter les délais de l'anniversaire, le film exprime ce sentiment d'urgence. Sa conception plastique porte la marque d'une culture picturale très sûre, ainsi qu'un sens de la lumière naturelle : Eisenstein a trouvé en l'opérateur Edouard Tissé un collaborateur indispensable. Par la mise en scène comme par le montage, il crée un mouvement constant entre les individus – nettement dessinés comme des « types », et non des entités psychologiques – et les masses, foule ou entité répressive des soldats. Il construit le drame en actes nettement distincts. La progression dramatique emporte l'adhésion émotionnelle : le film connaît un immense succès dans le monde entier et bouleverse bien des vies.
Eisenstein tourne ensuite un film sur la collectivisation des terres, La Ligne générale, dont il lui faut suspendre la réalisation pour une autre œuvrecommémorative : Octobre, qui sort en mars 1928. La lecture de l'Ulysse de Joyce le pousse à développer ses idées théoriques sur un cinéma intellectuel capable de porter à l'écran les concepts. Il envisage sérieusement un film tiré du Capital de Marx. Mais après l'achèvement de La Ligne générale, b […]
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