5. L'art des Ballets russes
Dès 1909, Diaghilev joue non plus seulement un rôle d'impresario mais d'authentique artiste. Il est en effet passé de l'exportation d'œuvres préexistantes, créées en Russie plus ou moins indépendamment de lui, à l'invention d'associations de son crû entre les meilleurs artistes de son temps, pour des spectacles dont il est le commanditaire. Il réalise à merveille son ambition de créer le spectacle total, ce qu'à l'époque les Allemands appellent le Gesamtkunstwerk (l'« œuvre d'art totale »), alliant excellence du décor, des costumes, du livret, de la chorégraphie, de la partition et des interprètes.
Amis puis brouillés à mort avec Diaghilev, les chorégraphes Fokine, Nijinsky, Massine, Nijinska (sœur de Nijinsky) puis Balanchine marquent de leur empreinte successive la créativité des Ballets russes. Mais les peintres, les musiciens, voire les écrivains ont aussi une part importante dans la notoriété des Ballets russes. À des créations typiquement russes, marquées par l'association Fokine-Nijinsky-Stravinsky-Bakst succèdent des ballets plus cosmopolites, Diaghilev s'ouvrant à des artistes de tous les pays tels que Maurice Ravel, Georges Auric, Erik Satie, Pablo Picasso, André Derain ou Henri Matisse. Le succès est à son comble avec L'Oiseau de feu (musique de Stravinsky, chorégraphie de Fokine, costumes de Bakst, 1910), Petrouchka (Stravinsky, Fokine, Benois, 1911), L'Après-Midi d'un faune (Debussy, Nijinsky, Bakst, 1912), Le Sacre du printemps (Stravinsky, Nijinsky, Roerich, 1913), Parade (Satie, Massine, Picasso, 1917), Noces (Stravinsky, Nijinska, Gontcharova, 1923) ou Le Train bleu (Milhaud, Nijinska, maillots de Coco Chanel, scénario de Cocteau, 1924). Jusqu'au bout, ce sont les choix personnels de Diaghilev et son instinct infaillible qui ont fait l'unité de l'œuvre des Ballets russes.
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