3. Un exportateur de l'art russe (1906-1909)
Il est alors recruté au Mariinski, le grand opéra de Saint-Pétersbourg, notamment pour diriger la rédaction de l'annuaire des théâtres impériaux. Cette fonction, qui lui est retirée presque aussitôt qu'accordée, tant l'homme est indiscipliné et incapable de taire sa désapprobation face à certains choix esthétiques, est moins importante en elle-même que comme moyen de rencontrer personnellement les meilleurs danseurs, chanteurs et musiciens russes de son temps. Diaghilev découvre le maître de ballet Fokine, les jeunes danseuses Pavlova et Karsavina et le chanteur Fedor Chaliapine. C'est probablement ici que germe dans son esprit l'idée que ce vivier de génies mérite un public plus vaste que les seuls esthètes de Saint-Pétersbourg. Néanmoins, c'est par une exposition de peinture que Diaghilev commence son œuvre d'exportateur de l'art russe en Europe occidentale, lorsque les graves troubles politiques que connaît la Russie en 1905 mettent fin à l'aventure du Monde de l'art. Plus ou moins à titre expérimental et sans imaginer que c'est le point de départ d'un immense succès, il organise, au Salon d'automne de Paris, en 1906, une exposition d'art russe qui retrace, à travers des tableaux et des sculptures, l'histoire des arts plastiques de ce pays depuis le Moyen Âge jusqu'à l'époque contemporaine. C'est la première fois que le public parisien voit des icônes mais aussi des illustrations de Bilibine pour les contes russes, des tableaux de Valentin Serov, Constantin Somov, Constantin Korovine, Léon Bakst ou Alexandre Benois. Paris est séduit : l'année suivante, l'Opéra ouvre ses portes aux concerts organisés par Diaghilev sous le nom de « saison russe », avec Nicolaï Rimski-Korsakov comme chef d'orchestre et Chaliapine comme interprète. En 1908, Diaghilev amène une troupe complète d'artistes des théâtres impériaux de Russie pour donner au Palais-Garnier l'opéra Boris Godounov, en version intégrale et en russe, avec Chaliapine dans le rôle-titre. Reproduisant à l'étranger les méthodes qu'il a déjà bien éprouvées en Russie, Diaghilev se multiplie dans les salons parisiens : la comtesse Greffulhe, la comtesse de Pourtalès et Misia Sert, la « reine de Paris », lui serviront d'appui à Paris comme plus tard lady Ripon à Londres.
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