Officiellement rédacteur, à partir de 1964, puis rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, critique de cinéma, à partir de 1981, puis responsable des pages culturelles, enfin éditorialiste du quotidien Libération, fondateur, cocréateur et rédacteur de la revue Trafic, en 1991-1992, Serge Daney fut subrepticement le maître de paroles respecté et respectable de toute une génération d'intellectuels cinéphiles ou cinéastes : une sorte de maître zen devenu bavard, un cousin du corbeau idéologue de la fable pasolinienne Uccellacci e uccellini, qui dit ses vérités à tout un chacun, mais dont chacun voudrait bien s'incorporer le tout.
Serge Daney n'est l'auteur d'aucun livre, au sens synthétique du terme, mais, comme André Bazin, de foisonnants recueils, qui témoignent, chacun à sa manière, et parfois avec un sens du « recueillement » proprement poétique, du passage du temps, et de la marche de la vie vers la mort. Tous relèvent d'un véritable travail de deuil — concept freudien qui est aussi le point nodal de sa théorie du cinéma. La Rampe (1983), Ciné Journal (1985), Le Salaire du zappeur (1990), Devant la recrudescence des vols de sacs à main, (1991) en marquent les étapes. Ce dernier ouvrage où, pour la première fois, le rewriting par un tiers de longues discussions s'ajoute aux articles patiemment écrits par l'auteur, prenant l'allure d'un testament que vient compléter Persévérance, entretien réalisé avec Serge Toubiana (1994).
Cette véritable écriture du fragment se clôt avec les longs et impérieux blocs de « journal intime » qui ouvrent les trois premiers numéros de Trafic, une revue qui, dans l'esprit de son fondateur, serait revenue de la mort du cinéma.
Le télévision, au début critiquée d'une manière ludique, puis de plus en plus sombre, constitua le point de passage entre le strict domaine cinéphilique et ce que Serge Daney appela « la critique de cinéma de la vie », qui le fit s'occuper, souvent avec le bonheur du Barthes des Mythologies, de diverses passions françaises, du sport à la polit […]
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