2. La révolution des enthousiastes
La révolution éclate. Pour les poètes, ce n'est pas la chute d'un trône, c'est une apocalypse, le royaume de Dieu, un nouvel univers, un christianisme régénéré. Essenine accueille Février par un Appel chantant « Un nouveau Nazareth est sous vos yeux ! » Après Octobre, il se fait l'Isaïe de l'« autre univers » dans un poème Inonia (1918) [inoî signifie « autre »] où, plus hardiment encore que naguère, le terrestre et le céleste, les cosmogonies paysannes, les idées révolutionnaires et la théologie chrétienne s'amalgament, engendrant des images que seuls peuvent éclaircir d'incongrus syllogismes : la révolution est le Christ et la Russie qu'elle enfante est le paradis ; or le Christ est fils de Dieu, qui est le ciel, et de la Vierge, qui est la terre ; d'autre part, la terre nourricière se résume dans la vache ; donc la Vierge est aussi la vache et, par suite, le Christ est veau. D'où l'apostrophe du poète à Dieu le Père : « Ô Seigneur, mets bas ton veau ! », ce qui signifie : « Fais triompher la révolution ! » Cela n'empêche pas Essenine d'évoquer très simplement sa vieille mère qui, sur le perron,
De ses doigts peine à retenir
Le rayon doré du couchant.
Cette période cosmique déborde d'optimisme et d'enthousiasme.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



