3. Droit foncier
Chez un peuple aussi absorbé par le souci de la terre que l'étaient les Serer, les droits fonciers étaient bien définis. En dépit de son caractère laïc et à cause de son caractère royal, le bur attribuait des « lamanats » à de riches paysans qui devenaient ainsi ses alliés et lui devaient une redevance en têtes de bétail. En général, l'investiture se faisait selon le droit du feu : on allumait un feu de brousse et toute la surface brûlée constituait le domaine du nouveau lamane. Dans quelques cas rares, on avait recours au droit du sabot qui était supérieur à celui du feu : ce privilège était accordé à un proche parent du roi ou à un favori particulièrement bien en cour. À ce privilégié revenait la surface de terre qu'il avait pu circonscrire à cheval en un temps donné.
Le lamanat se transmettait matrilinéairement : à l'aîné des neveux maternels du lamane. Considéré comme un bien collectif et non individuel, le domaine n'était jamais partagé. Sur son domaine, le lamane concédait à d'autres paysans libres, le plus souvent chefs de famille, le droit de défricher, ou droit de la hache. Le bénéficiaire de ce droit, ou maître de la hache, pouvait prêter un terrain à des paysans sans terres. À ces différents niveaux d'octroi de droits fonciers, la parenté jouait un rôle essentiel : on prêtait de préférence à des proches parents en qui on avait confiance.
Dans le régime foncier, un rôle essentiel était joué par le kaïnak. Fonctionnaire à charge héréditaire, le kaïnak était à la fois généalogiste, notaire et gardien d'un cadastre oral. Ayant la confiance du lamane, il intervenait dans tous les litiges, aussi bien entre lamane et maîtres de la hache qu'entre maîtres de la hache et paysans bénéficiaires d'un prêt foncier. Sachant qui avait reçu les terres et de qui, il était à même de trancher les éventuels différends entre les descendants des deux parties. Il portait à la connaissance de tous les limites de chaque champ ; il pouvait être consulté à tout moment sur les droits fonciers de chaque individu.
Bien collectif, la terre était inaliénable. Le lamane, le maître de la hache, le chef du groupe domestique n'en étaient que les dépositaires ou gardiens. La notion occidentale de propriété était inconnue.
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