2. Maîtrise et renoncement
Dans ces poèmes, une angoisse d'autant plus taraudante qu'en partie muette induit la résistance et l'abandon (« Sœur sans mémoire, mort,/ D'un seul baiser/ Tu me feras l'égal du songe »). À la force vitale répond chez Ungaretti une déprise dont le dernier poème de L'Allégresse, déjà, disait l'attente : « Accorde-moi Seigneur le naufrage/ au premier cri de cette jeune journée. » Il faut peut-être voir dans cette double aspiration – maîtrise et renoncement – l'origine de la crise religieuse traversée par le poète, et qui inspirera les strophes de « La Pitié » : « J'ai peuplé de noms le silence.// Ai-je dépecé tête et cœur/ Pour être asservi à des mots ?// Je règne sur des fantômes », ou l'unique vers de « Fin » : « Croit-il en soi et dans le vrai celui qui désespère ? »
Que Sentiment du temps soit nourri par les leçons si contraires de Góngora et Leopardi suffit à dire la richesse, à la fois secrète et généreuse, d'un des plus beaux recueils poétiques du xxe siècle, qui constitue aussi, en français, grâce à Philippe Jaccottet et Pierre Jean Jouve, un chef-d'œuvre de traduction.
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