4. L'œuvre tragique
Neuf tragédies attribuées à Sénèque ont été conservées : Hercule furieux (Hercules furens), Les Troyennes (Troades), Les Phéniciennes (Phoenissae), Médée (Medea), Phèdre (Phaedra), Œdipe (Oedipus), Agamemnon, Thyeste (Thyestes), et Hercule sur l'Œta (Hercules Oetaeus), auxquelles s'ajoute Octavia, une praetexta (tragédie à sujet latin, et non d'inspiration grecque). Leur authenticité n'est discutée que pour Hercules Oetaeus et l'Octavia. En faisant de ses tragédies une sorte de propédeutique philosophique, Sénèque met la poésie au service de la direction spirituelle, afin de s'adresser au public le plus étendu possible. En effet, selon les stoïciens, le public se divisait en deux groupes : les ignorants et les personnes de formation libérale. Un public ignorant est incapable de comprendre un discours philosophique ; il lui faut donc être gagné à la philosophie par d'autres moyens : la poésie et la musique. Ces deux arts sont ainsi considérés comme une sorte de préparation à la philosophie, ou même comme une « première » philosophie. Le plaisir que ces arts procurent dispose favorablement l'auditeur à admettre les idées impliquées dans l'œuvre littéraire, et il sert ainsi à son éducation. Le poète inspire l'horreur du vice en donnant des exemples effrayants de la méchanceté, et il provoque l'enthousiasme pour le bien en proposant à l'imitation des modèles de vertu. Ainsi, les tragédies de Sénèque sont de grandes fresques qui dépeignent la folie humaine, des exemples frappants accompagnés de funestes présages et d'effets terrifiants. Elles se situent dans la tradition de la tragédie philosophique hellénistique, dont nous connaissons, grâce à Diogène Laërce, quelques représentants, comme Diogène de Sinope et Cratès de Thèbes.
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