3. Le Sénégal depuis l'indépendance
• L'hégémonie de Senghor : la stabilité sans le développement
Prônant un socialisme modéré « africain », fondamentalement pro-français, Senghor va, en contrôlant étroitement l'arène politique, garantir au pays une vraie stabilité politique ; il bénéficie pour cela de l'appui de la France, avec laquelle il a signé des accords de défense et qui dispose d'une base militaire importante à Dakar, ainsi que de l'alliance qui avait été passée entre l'État colonial et les califes des confréries musulmanes. Prisonnier des structures d'une économie rentière établie à l'époque coloniale, Senghor est incapable d'en assurer l'évolution.
La Fédération du Mali explose trois mois après la proclamation de l'indépendance en juin 1960, du fait des désaccords politiques et personnels entre Senghor et son homologue soudanais, Modibo Keïta, plus radical et moins proche de la France. Le Sénégal proclame alors son indépendance le 20 août 1960 et se donne une nouvelle Constitution, de type parlementaire. Deux ans plus tard, les tensions montent cette fois entre le président Senghor et le chef du gouvernement Mamadou Dia, plus ancré à gauche. En décembre 1962, dénonçant une tentative de coup d'État, Senghor fait emprisonner Dia – il sera libéré en 1974. En avril 1963, une nouvelle Constitution est adoptée, qui supprime le poste de Premier ministre et établit un régime présidentiel. Senghor parvient progressivement à mettre la gauche au pas. Une timide tentative de guérilla communiste, menée par le Parti africain de l'indépendance (P.A.I.), pro-soviétique, est étouffée dans l'œuf au Sénégal oriental en 1963. Soumis à une très forte pression, le P.R.A.-S. intègre, en 1966, le parti senghorien, entre-temps renommé Union progressiste sénégalaise (U.P.S.), qui devient parti unique de fait.
Cette fermeture politique n'empêche pas la montée des tensions. En 1968, Dakar est secoué par une vive contestation étudiante et syndicale. Les ambitieux projets de l'État pour le développement agricole, touristique et industriel ne se concrétisent pas. De plus, la croissanc […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 14 pages…



