2. Le problème des origines
L'extraordinaire aventure arabe a été longtemps considérée comme le dernier épisode et le modèle perceptible des « migrations » sémitiques. On a donc supposé que les Sémites étaient arrivés du désert, vague après vague, pour s'établir sur les terres cultivables du Croissant fertile en conquérant leurs congénères précédemment sédentarisés : au IIIe millénaire, une première vague aurait apporté les Cananéens à l'ouest, les Accadiens à l'est ; au début du IIe millénaire, ce serait la vague amorrite ; au xiie siècle, celle des Araméens et des Hébreux ; les Arabes, derniers venus, auraient conservé le mode de vie nomade, la structure patriarcale et tribale, la simplicité du culte et, selon certains, le monothéisme, qui seraient caractéristiques des « Sémites primitifs » ; on invoque à l'appui de cette hypothèse l'archaïsme de la langue arabe (l'arabe classique conservant, par exemple, la déclinaison nominale à trois cas que le phénicien, l'hébreu et l'araméen ont perdue). Pour expliquer que le désert paraisse ainsi déverser à intervalles presque réguliers un surplus de population, l'hypothèse a été assortie d'une supposition auxiliaire : celle d'un dessèchement progressif de la région qui est maintenant la steppe syro-arabe, supposition aujourd'hui rejetée. La tradition biblique sur les migrations des Patriarches, les conditions dans lesquelles apparaissent les Amorrites, puis les Araméens donnent sa consistance à l'hypothèse.
Il est certain que des groupes errant aux abords des terres cultivées, cherchant à se sédentariser ou à imposer leur tutelle aux sédentaires qui les redoutent, peuvent devenir les maîtres des populations établies avant eux. Mais ces nomades sont-ils tous arrivés du fond du désert ? Il est peu probable que des déplacements aussi lointains aient eu lieu avant qu'on ait su équiper le chameau pour de longues courses. Aussi pense-t-on plus volontiers aujourd'hui qu'une pénétration comme celle des Hébreux en Palestine a été lente et progr […]
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