4. Les déplacements des controverses autour des sectes
L'évolution constatée des sectes s'accompagne d'un déplacement des controverses à leur sujet. Il faut souligner aussi que les acteurs et les enjeux ne sont plus du tout les mêmes que dans la période des années 1950.
Tout d'abord, la polémique ne se situe plus essentiellement dans le camp des Églises officielles. Leurs représentants adoptent un ton mesuré à propos du phénomène des sectes, préférant souligner le besoin spirituel qu'elles révéleraient, plutôt que d'en dénoncer l'existence même – certaines attaques pouvant en effet se retourner contre des mouvements apparus au sein même de ces Églises. Le discours virulent contre les sectes n'émane plus que de courants intégristes qui voient en elles des tentatives de subversion de l'« Occident chrétien », voire le prélude à l'arrivée de l'Antéchrist, ou bien parfois de courants chrétiens de gauche qui n'hésitent pas à critiquer le fonctionnement de certains mouvements d'Église tels que l'Opus Dei en les assimilant aux sectes du dehors en raison d'analogies dans l'organisation interne et le mode d'exercice du pouvoir.
Le discours antisectes provient aujourd'hui essentiellement de militants laïcs secondés par des praticiens, notamment dans le domaine psychiatrique. Il est largement relayé par les médias. Une littérature prolixe a fleuri, enrichie de témoignages d'anciens adeptes ou d'enquêtes dénonciatrices menées par des journalistes spécialisés qui travaillent souvent en lien étroit avec les associations antisectes apparues au milieu des années 1970, l'une autour de la défense de la famille et de l'individu, l'autre qui s'attache, dans une optique plus classiquement rationaliste, à repérer et à dénoncer les « manipulations mentales » dont les membres des sectes seraient l'objet. Un certains nombre de procès ont eu lieu, notamment autour de la garde d'enfants pour laquelle les familles se déchirent et, de leur côté, plusieurs sectes se sont lancées dans des démarches judi […]
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