2. Les sectes et leur rapport au monde
Comme on vient de le lire, de nombreuses tentatives pour classer les mouvements religieux minoritaires ont été réalisées, tant par le discours savant que par le discours militant. Le classement courant mais superficiel a consisté à prendre en considération la doctrine du mouvement pour la rapporter à une tradition d'origine. En vertu de cette filiation historique, on pourra ainsi distinguer des sectes d'origine chrétienne, juive ou musulmane, des sectes orientales (bouddhistes, hindouistes, shintoïstes), des sectes se rattachant à la tradition occultiste ou ésotérique occidentale, des sectes qui inventent de nouvelles gnoses à partir d'un modèle emprunté à la psychologie contemporaine, enfin des sectes opérant les syncrétismes les plus variés. Une telle répartition ne présente qu'un intérêt limité, car elle laisse dans l'ombre les caractéristiques de structure interne ou le mode de relation à l'environnement des différentes sectes.
Bien qu'aucune typologie ne fasse l'unanimité en sociologie des religions, l'une des plus répandues consiste à ordonner les sectes selon un axe allant du refus du monde à son acceptation. Le recours à ce critère se fonde sur la tradition sociologique qui a conceptualisé la secte comme une forme de religion structurellement en tension avec la société globale, avec l'État, avec les Églises établies (lesquelles apparaissent à certaines époques comme l'un des piliers de la société). Alors que la religion de type Église a passé un compromis avec la société et ses valeurs, la secte remet en question le modus vivendi en cours en proclamant des valeurs autres, en se dotant de modes d'organisation récusés par la société, en exigeant de ses adeptes qu'ils fassent un choix en rupture avec ce qui est conventionnellement admis dans le monde.
La vision sociologique classique de la secte l'associe donc à un potentiel de rupture avec l'ordre social. Cependant, ce rejet du monde peut se manifester sous des formes et avec d […]
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