6. Art, industrie et société
« L'histoire du goût dominant du xixe siècle, avec toute la documentation sociologique et humaine qu'elle nécessiterait, reste à écrire. » Cette remarque de Siegfried Giedion ne saurait mieux s'entendre de la brève période du second Empire, trop longtemps méprisée, mal perçue dans sa diversité, déconcertante par ses multiples contradictions, et qui s'est décriée elle-même : « Notre époque... est rien moins qu'originale » (Labourieu, 1857). « L'art moderne [est] impuissant à créer un style qui lui appartienne » (Paul Mantz, 1863).
Avec plus d'un siècle de recul, le temps semble venu de tenter de comprendre la période charnière qu'est le troisième quart du xixe siècle, et, par-delà les jugements hâtifs d'historiens d'art qui prétendaient notamment gommer l'académisme et l'éclectisme, de revenir aux sources et de redonner la parole aux acteurs du second Empire.
Pourtant, si la multiplication des publications et des expositions, depuis les années 1980, prouve amplement le regain d'intérêt porté à la période, les malentendus et les commentaires polémiques persistent. Entreprendre de réhabiliter le second Empire autrement que sous son aspect brillant, mais superficiel, de féerie impériale n'est pas tâche aisée.
Certes, les publications du temps abondent – volumineux rapports des expositions universelles, revues spécialisées, traités et recueils, presse illustrée –, les fonds d'archives sont aussi considérables, encore qu'assez mal connus – surtout les archives industrielles conservées par les firmes et difficilement utilisables faute d'un classement systématique –, en revanche les œuvres d'art – hormis celles qui ont été acquises par les musées ou qui sont restées en place en tant qu'éléments de décoration et d'ameublement, souvent peu accessibles – ont été dispersées très tôt, spécialement à l'occasion des grandes manifestations internationales.
Que reste-t-il des innombrables œuvres et produits manufacturés réunis lors des expositions universelles de Londres (1851, 1862)[…]
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