2. Fondements : deux grandes approches
• Hypothèses et choix stratégiques
L'histoire nous enseigne que les hypothèses fondamentales sur lesquelles s’appuie une science ne sont jamais formulées au départ sous la forme qu'elles prennent lorsque la discipline atteint la maturité : indépendamment des changements, voire des revirements, et des désaccords entre écoles, qui accompagnent son développement, la signification véritable des intuitions de départ ne se dégage que progressivement. Comme on doit s'y attendre en raison de leur jeunesse, les sciences cognitives font l’objet de discussions animées sur la question de leurs fondements. Mais si elles sont aussi vives, c'est sans doute parce qu'elles touchent à la question sensible entre toutes, celle de la nature de l'homme. Le point de vue mécaniste du physiologiste et du médecin, qui s'occupent de la « carcasse », de la « chair », est depuis longtemps dans notre culture accepté dès lors qu'il s'applique : 1. aux fonctions « inférieures » que nous partageons avec le reste du règne animal (même si l'homme les « spiritualise ») ; 2. aux écarts de toutes sortes par rapport à l'état normal. Mais, replacé dans le cadre plus large du naturalisme (c’est-à-dire de l'approche de l'humain comme ensemble de phénomènes de la nature, accessibles aux méthodes des sciences de la nature), ce point de vue se heurte à des objections profondément enracinées, qui prennent la forme de perplexités philosophiques, de difficultés épistémologiques, et aussi de problèmes éthiques.
Il faut donc distinguer deux sources de principes fondamentaux : d'une part, les hypothèses formulées par les scientifiques eux-mêmes, complétées et interprétées par leurs pratiques ; d'autre part, les reconstructions, par les philosophes, visant à expliciter ces hypothèses et ces pratiques, à leur donner une unité et une cohérence interne, et à en dégager les conséquences ontologiques. Bien entendu, toute présentation synthétique des premières s'apparente aux secondes,
À un niveau aussi géné […]
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