2. Les avatars du scepticisme
• Histoire de l'histoire du scepticisme
L'histoire du scepticisme moderne est inséparable de l'interprétation que les Modernes proposent du scepticisme ancien. Tous ceux qui se déclarent sceptiques en un certain sens, comme Montaigne ou Hume, le font par référence à une certaine idée du scepticisme. Mais, par ailleurs, les amis d'un certain scepticisme ne sont pas les seuls à en parler et à se situer par rapport à l'idée qu'ils s'en font. Aussi est-il nécessaire de définir l'image que les grandes philosophies ont donnée du scepticisme ancien.
C'est là toutefois une entreprise difficile. Il faut en effet se livrer à une élucidation historique des raisons pour lesquelles on a ainsi successivement présenté l'ancien scepticisme. Une telle histoire au second degré, dont le projet est de rendre compte des métamorphoses du scepticisme ancien, supposerait, pour être complète, que l'on puisse tenir compte à la fois de l'état de la connaissance des sources à des époques diverses, et de la motivation des choix interprétatifs dont se sont rendus responsables les interprètes. Il est clair qu'à des époques où les textes pyrrhoniens sont bien connus le scepticisme est davantage envisagé comme un empirisme et comme un phénoménisme ; en revanche, lorsque l'influence cicéronienne est prédominante, c'est l'interprétation académique d'un scepticisme négateur qui tend à l'emporter. Mais, par ailleurs, les familles spirituelles auxquelles se rattachent les interprètes orientent si profondément leur lecture que c'est en considérant leur appartenance soit au courant de pensée chrétien, soit au courant de pensée rationaliste qu'il convient schématiquement d'en rendre compte maintenant.
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