5. Du satanisme considéré comme fondement des beaux-arts
Il serait parfaitement abusif de porter au compte de Satan tout ce qui, dans la littérature et dans l'art « décadents », vise à magnifier le mal, à revivifier par le culte d'une antinature des sensibilités blasées, à faire rendre gorge à une société engluée dans la foi au progrès. Il faudrait alors citer Villiers de l'Isle-Adam, Péladan, le jeune Barrès et beaucoup d'autres. Il reste que la célébration des perversions sexuelles, qui occupe par exemple une si grande place dans l'œuvre d'un Swinburne, prend facilement les accents d'un culte sacrilège, comme dans ces invocations à Notre-Dame de Peine, où le poète se vante d'avoir pénétré « jusqu'au sanctuaire où un péché est une prière » (The Masque of Queen Bersabe).
Il est bon de garder à l'esprit le risque d'affadissement et de verbalisme que court le satanisme. Il existe dès l'origine, tant celui-ci est cosa mentale. Demeure l'idée, qui affleure çà et là tout au long du xixe siècle, que l'artiste a partie liée avec le diable – idée qu'André Gide reprendra au début du xxe siècle en affirmant qu'il n'y a pas d'œuvre d'art qui vaille sans la collaboration du démon. Interprétée dans la perspective du satanisme prométhéen, elle n'a rien que d'assez banal. Rêver de refaire la création, d'« être plus artiste que Dieu », comme le dit Philothée O'Neddy dans Feu et flamme, procède certes d'un orgueil qu'on peut d'autant plus facilement qualifier de satanique que les Pères de l'Église voyaient dans le diable le « singe de Dieu ». Pourtant, cette rivalité n'a rien de bien troublant tant qu'elle vise à créer une beauté idéale dans laquelle l'artiste met le meilleur de lui-même. Il en va tout autrement quand l'étincelle créatrice prend naissance dans les dessous obscurs de l'être humain. C'est dans le romantisme allemand surtout que s'est opérée cette prise de conscience. Le démonique goethéen n'a certes pas la négativité du diabolique. Il tend, comme l'œuvre de Goethe tout entière, vers la lumière. M […]
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