4. Fluctuations d'une croyance
Bien que la croyance en l'existence d'une puissance surnaturelle mauvaise soit une doctrine traditionnelle dans le christianisme, les opinions relatives au mode et au degré de présence de Satan dans le monde ont subi de notables variations selon les époques. Si les cultes païens ont été regardés comme l'œuvre de Satan, comme une entreprise pour détourner les hommes de l'adoration de Dieu au profit de celle des idoles, on ne brûlait pas pour cela leurs fidèles, on tentait de les convertir ; il n'en était pas de même des hérétiques, dont l'opposition à l'Église, en pleine connaissance de cause, ne pouvait être que satanique. Longtemps la sorcellerie fut pourchassée, mais comme païenne ; et les pouvoirs des sorciers étaient considérés comme illusoires (interprétation augustinienne). Bien que la crainte du Diable et de l'enfer ait été vive au Moyen Âge, Satan était souvent ridiculisé dans les fabliaux.
Mais à la fin de la période médiévale se produisit un phénomène collectif où la croyance en Satan atteignit des proportions fantastiques : la sorcellerie fut prise au sérieux ; on admit ses pouvoirs comme étant réels (envoûtements, capacités physiques supranormales, sabbats) et comme provenant de Satan. On crut à une sorte de Contre-Église des sorciers, fondée sur un pacte avec Satan à un culte aux rites abominables, célébrés durant les sabbats (meurtres d'enfants, sacrilèges, rapports sexuels avec Satan, etc.). Du xive au xviie siècle se développa, du fait de l'Inquisition (et sous l'influence des manuels d'inquisition, tels que Le Marteau des sorcières, 1486), une « chasse aux sorcières » d'une férocité inconcevable : des milliers de sorcières furent brûlées vives, après avoir subi les tortures les plus extrêmes. Il est difficile de comprendre cette aberration collective, à laquelle participèrent les esprits les plus cultivés du temps. Qu'il existât des sorcières convaincues de leurs pouvoirs, c'est certain ; qu'elles aient cru voler dans les a […]
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