3. Les « tactiques » de Satan
La tradition chrétienne distingue communément trois modes d'action de Satan. Le premier, la tentation, est le mode commun et peut s'interpréter de diverses façons. Selon l'optique de l'Épître de Jacques (« Dieu n'éprouve personne, mais chacun est éprouvé par sa propre convoitise ») et de la prière dominicale du Sermon sur la montagne (« Ne nous laisse pas succomber à la tentation »), la tentation serait comme anonyme. Mais ailleurs, elle est attribuée à Satan : « Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment » (Luc, xxii, 31) ; et il vient arracher la semence de la Parole de Dieu. Aussi, certains théologiens ont-ils admis que derrière chaque tentation, si minime soit-elle, se cache une influence démoniaque, supposant une présence permanente et universelle des démons. Thomas d'Aquin n'estime pas cette thèse nécessaire : « Occasionnellement et indirectement, le diable est bien la cause de tous nos péchés puisque c'est lui qui a induit le premier homme à faire le mal et qu'à la suite de ce premier péché la nature humaine a été tellement viciée que nous sommes tous maintenant enclins au mal [...]. Mais directement, le diable n'est pas la cause de toutes les fautes des hommes, à ce point d'insinuer chacune en particulier. » La tentation serait alors la pente spontanée au mal de la nature viciée, ce que Baudelaire appelait la « postulation vers le mal ». Ainsi, la tentation est ambiguë et comme surdéterminée : en tant qu'incitation au mal, elle provient de Satan ; en tant qu'épreuve, elle est permise par Dieu en vue d'un plus grand bien. Aussi Luther pouvait-il écrire paradoxalement : « Deus et in Sathana agit », et le Méphistophélès de Goethe se plaindre : « Je suis une partie de cette force qui veut toujours le mal et produit pourtant le bien. » La tentation en son fond a une signification salutaire : elle est l'occasion permise de l'exercice de la liberté pour ou contre Dieu. C'est pourquoi saint Paul disait que nul n'est tenté au- […]
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