La phrase souvent citée de Sarkis, « Ma mémoire est ma patrie » (titre de l'une de ses œuvres exposée en 1985 à la Kunsthalle de Berne), résume parfaitement la démarche de ce plasticien dont l'œuvre se trouve à la fois nulle part (car elle est en devenir constant au travers de multiples « satellites », pour reprendre un terme utilisé par l'artiste) et en des lieux précis selon les expositions (elles ne sont jamais identiques). En accordant une place fondamentale à la mémoire dans son travail, Sarkis n'entend pas se référer uniquement à sa propre existence mais essentiellement, par-delà les éléments biographiques qui émaillent l'œuvre, à une activité dynamique comprise comme un antidote à l'oubli de l'histoire humaine, histoire qui peut apparaître tantôt dans ses multiples manifestations esthétiques – principalement musicales, théâtrales, cinématographiques et photographiques – tantôt dans ses implications sociales et politiques, à travers les siècles et les civilisations. Leur interaction forme une sorte de Gesamtkunstwerk (« œuvre d'art total ») qui, paradoxalement, ne tend pas à unifier mais à disséminer les enjeux et les formes. Le travail – notion chère à l'artiste […]
