5. Révolution et réaction (1792-1848)
Du fait de cette passivité diplomatique et de la prudence de Victor-Amédée III, le régime se teintait de conservatisme au moment où les idées nouvelles se répandaient dans l'opinion. La Révolution française vint donc ébranler un État mal préparé. En 1792, la Savoie et Nice étaient perdues, la Sardaigne se soulevait, en Piémont complots et émeutes se succédaient. En 1796 enfin, les Français franchirent les Alpes ; mal soutenus par les Autrichiens, battus à Montenotte, Diego, Mondovi, Millesimo, les Sardes cédèrent à l'armistice de Cherasco, puis au traité de Paris. Encerclé par les républiques sœurs, secoué par une grave crise économique, affaibli par les exigences françaises, le royaume déclina. Le faible et mystique Charles-Emmanuel IV renonça au trône en décembre 1798, laissant la place aux Jacobins qui offrirent le pays aux Français, ce qui entraîna les mouvements hostiles des Socques (en vallée d'Aoste) ou des Barbets (en Piémont). L'offensive austro-russe de 1799 repoussa les Français mais le roi ne put revenir ; d'ailleurs, Marengo ramena définitivement les Français. La mort du tsar Paul Ier enleva bientôt aux princes de Savoie leur dernier allié. En 1802, au moment même où le Piémont était annexé, Charles-Emmanuel abdiquait au profit de son frère Victor-Emmanuel Ier. Pendant plus de dix ans, ce dernier, réfugié en Sardaigne, attendit son heure. En 1814, grâce à l'appui anglais et russe, il rentra enfin en possession de ses États, persuadé « d'avoir dormi dix ans ». Il tenta naïvement de restaurer intégralement l'Ancien Régime. Malgré l'acquisition de Gênes en 1815, et une politique assez intransigeante à l'égard de l'envahissante Autriche, le souverain se déconsidéra par son archaïsme et ses velléités. En 1821, une révolte militaire l'amena à abdiquer et le régent Charles-Albert de Savoie-Carignan dut accorder une Constitution. Hélas, le nouveau roi Charles-Félix la refusa et fit appel aux Autrichiens. Après la défaite des libéraux à Novarre, la réaction triompha. Soutenue par l'Autriche à l'extérieur et par un régime clérical et policier à l'intérieur, la monarchie sarde porta alors à l'extrême la tendance conservatrice amorcée depuis Victor-Amédée III. Charles-Félix avantagea systématiquement les provinces périphériques au détriment du Piémont. Charles-Albert (1830-1848) poursuivit cette politique réactionnaire avec un peu plus de mesure et non sans hésitation.
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