5. Origine des tétrapodes
L'histoire des sarcoptérygiens est indissociable de la question de l'origine des tétrapodes. Ce passage de l'état de poisson à l'état de vertébré terrestre a longtemps été considéré comme un événement évolutif considérable, mais les découvertes récentes, tant sur les premiers tétrapodes que sur les poissons sarcoptérygiens qui en sont les plus proches, les elpistostégaliens, montrent que cette transition a été rapide et n'a affecté qu'un très petit nombre de structures anatomiques. Les différences majeures entre les elpistostégaliens et les premiers tétrapodes sont la présence, chez ces derniers, de doigts aux membres pairs (et la disparition corrélative des rayons dermiques, ou lépidotriches), le contact entre le bassin et la colonne vertébrale par l'intermédiaire de côtes sacrales, la perte du contact entre la ceinture pectorale et le crâne, une réduction des écailles couvrant la surface dorsale du corps, la disparition de l'opercule (bien qu'une fente branchiale fonctionnelle persiste) et la réduction de l'hyomandibulaire (transformé en stapes). Les premiers tétrapodes n'étaient, somme toute, que des poissons un peu particuliers dont la seule innovation importante était les doigts, qui représentent peut-être une adaptation à la vie dans un environnement aquatique vaseux et encombré de débris végétaux. Les membres des premiers tétrapodes étaient totalement inadaptés à la locomotion terrestre. Les membres antérieurs étaient incapables d'extension au niveau du coude (fig. 2j) et ne pouvaient guère que servir d'organes natatoires ou d'appuis pour hisser la tête hors de l'eau. Les membres postérieurs étaient, eux, incapables de flexion au niveau de la cheville et ressemblaient en cela aux membres postérieurs des phoques. Les membres pourvus de doigts n'étaient donc, à l'origine, qu'un type particulier de nageoire qui, plus tard, est devenue particulièrement propice à la locomotion terrestre. C'est là un exemple de ce que l'on appelle l'« exaptation ».
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