2. Une empreinte portugaise durable
On pense que l'archipel était vide d'habitants lors de sa découverte le 21 décembre 1470, jour de la Saint-Thomas, par les navigateurs portugais João de Santarem et Pero Escobar (le nom de Príncipe a été donné en hommage au prince héritier Jean II). Peuplée à partir de 1493, São Tomé fut d'abord une terre de relégation, d'exil, de déportation et d'esclavage, accueillant repris de justice, jeunes juifs convertis au catholicisme (2 000), mais à la foi jugée vacillante. Jusqu'à la création du diocèse de Luanda (1596), celui de São Tomé, créé en 1534, s'étendait de la Côte-d'Ivoire au cap de Bonne-Espérance. À ses débuts, São Tomé fut la plate-forme idéale pour surveiller les comptoirs côtiers d'Afrique (jusqu'en 1961, date de sa « libération » par des étudiants venus en taxi de Cotonou, la petite enclave portugaise de Saint-Jean-Baptiste d'Ajuda, près de Ouidah, au Bénin, dépendait de São Tomé). Après la mise au pas par les Portugais du royaume du Kongo (milieu du xvie s.) et de son souverain qui refusait d'augmenter ses livraisons d'esclaves, les colons firent de l'archipel une escale vers les plantations du Brésil, tandis que leurs descendants métis obtenaient des droits voisins de ceux des expatriés.
Par la suite, la colonisation de l'Angola, le désintérêt de Lisbonne, le marronnage des esclaves et les raids des corsaires français, ainsi qu'un bref intermède hollandais (xviie s.), entraînèrent l'affaiblissement de l'archipel. Isolé, São Tomé connut un renouveau à partir de 1822 grâce au cacao, une culture faisant largement appel à l'esclavage ; celui-ci fut aboli en 1876. Pour remplacer cette main-d'œuvre affranchie, mais rebutée par une activité trop liée à la servitude, les Blancs et les métis firent venir des travailleurs angolais (près de 70 000). Comme leur statut n'était guère différent de celui des anciens esclaves, les chocolatiers britanniques et allemands lancèrent une campagne de boycottage du cacao santoméen (1909), qui se trouva […]
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