Íñigo López de Mendoza, premier marquis de Santillana, jouit d'une vie aussi longue que bien remplie. Grand seigneur (ce qui veut dire, dans l'Espagne du xve siècle, guerrier et politicien à la fois), poète, et curieux de toutes les choses de l'esprit, il apparaît, selon l'heureuse formule de Menéndez Pidal, comme la « cime la plus lointaine, et qui reçoit, la première, la lueur de ce jour nouveau : la Renaissance ».
1. Prémices d'une poésie nouvelle
Íñigo López de Mendoza, fils de l'amiral de Castille Diego Hurtado de Mendoza et de Leonor de la Vega, naquit à Carrión de los Condes. Diego Hurtado disparut lorsque son fils n'avait que sept ans ; Íñigo fut élevé par sa mère, une maîtresse femme qui sut faire face à tous les ennemis (et même à bien des parents) qui prétendaient intervenir dans l'héritage de son fils. Cette circonstance explique aussi que la première jeunesse du futur poète se passa en Aragon plutôt qu'en Castille ; dans cette contrée plus sûre, il fit office de grand échanson du prince de Gérone, celui qui devint plus tard Alphonse V le Savant ou le Magnanime, roi d'Aragon, puis de Naples.
Ces premières années marquent aussi la position particulière du marquis vis-à-vis de la Castille : opposé, d'abord, à son roi légitime, Jean II, il lui prêtera ensuite son aide contre ces Aragonais qu'on le suspecte de trop chérir. Et telle sera désormais sa conduite : souvent en conflit avec la volonté royale, il redevient un vassal accompli lorsqu'il s'agit de guerroyer contre le roi de Grenade (1431 et 1455), celui de Navarre (1444) ou encore celui d'Aragon. Le marquis, encore en pleine activité guerrière et diplomatique, meurt à Guadalajara.
Santillana n'était point le premier poète de son lignage. De l'œuvre de son grand-père, Pedro González de Mendoza, il nous reste quelque fragment, et son père, l'amiral, est l'auteur d'une chanson à danser qui figure, à juste titre, dans toutes les anthologies. Rafael Lapesa, qui a étudié mieux que quiconque L'Œuvre littéraire du marquis […]
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