Véritable Janus sémantique, le couple santé-maladie – où chacun des deux se définit comme l'inverse de l'autre – a longtemps servi de métaphore au dualisme du Bien et du Mal. Le recours aux normes biologiques de l'espèce humaine pour faire pencher la balance, en cas d'incertitude, d'un côté ou de l'autre, n'éclaire pas nécessairement les cas litigieux. De même, les difficultés que l'on ressent en soi devront, en définitive, être vécues en symbiose avec d'autres personnes, ce qui ne permet plus d'accomplir son propre itinéraire mais conduit à en accepter le partage et l'éventuel changement. Dès lors, il faut quitter le possible pour accepter le réel, pour affronter concrètement son destin individuel. Ce sont les modalités et les aléas de cette situation qui font l'objet du premier article de cet ensemble (cf. santé - Santé et maladies).
En France, dont l'exemple est ensuite développé, l'âge d'or de l'exercice libéral de la médecine, fondé sur l'expérience et la disponibilité du praticien, s'est situé vers le milieu du xxe siècle. Mais les conditions relativement artisanales – et ce qualificatif a sa noblesse – de la relation thérapeutique sont bientôt devenues obsolètes en raison de la montée en puissance de la médecine scientifique dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. À la radiologie, aux appareils d'assistance physiologique venaient maintenant s'ajouter les antibiotiques et, au-delà de la révolution pasteurienne, les premiers acquis de la biologie moléculaire.
L'après-guerre avait vu l'établissement de la Sécurité sociale, garantissant l'accès aux soins et le remboursement des frais de maladie grâce à la solidarité des bénéficiaires. Pour donner aux futurs médecins une formation scientifique plus solide, la loi Robert Debré (1958) organisait des centres hospitalo-universitaires (C.H.U.) dans lesquels prenait place la recherche médicale (I.N.S.E.R.M.). L'ensemble constituait un système de santé modernisé.
Des causes diverses, externes comme internes, devaient pourtant en obérer le coût, entra […]
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