2. Bases d'une classification des maladies
• Les critères symptomatiques
À l'origine de la classification scientifique des maladies (nosologie), il y a des maladies si semblables à elles-mêmes qu'elles se sont imposées comme des formes, des Gestalten. Cela est particulièrement vrai pour les affections épidémiques frappant quasi-simultanément toute une population. C'est aussi le cas de toute la pathologie visible, les lésions de la peau, les lésions traumatiques, les cancers superficiels, à partir du moment où l'on en voit plusieurs à la suite. Joinville faisait le diagnostic de scorbuts, les anciens médecins grecs celui de cancers du sein. Malheureusement, à ces bonnes formes, nos ancêtres ajoutèrent des groupements symptomatiques discutables qui aboutirent à l'échec de cette première classification. On peut, à titre d'exemple, en analyser certains.
Le terme « hydropisie » a été employé, semble-t-il, pour désigner des malades porteurs de gros œdèmes et d'ascite ; mais un tel tableau clinique est observé lors de cirrhoses du foie, de tumeurs ovariennes, d'insuffisances cardiaques et de néphrites laissées à un régime contenant trop de sel, peut-être aussi de quelques péritonites tuberculeuses. Parmi ces malades, il y a des sujets jeunes et des sujets vieux, des individus destinés à survivre et d'autres qui mourront prochainement ; les uns peuvent être rendus mieux portants par des thérapeutiques qui sont inefficaces pour d'autres.
La péripneumonie, terme qu'on lit encore dans Laennec, paraît avoir désigné tous les points de côté possibles ; sous cette étiquette, il devait y avoir des maladies pulmonaires et des douleurs d'origine vertébrale ou abdominale, des pneumopathies aiguës, des tuberculoses, des abcès du poumon ; on ne pouvait pas faire une synthèse correcte de faits aussi disparates, et cela entraîna les médecins d'autrefois à commettre une erreur de méthode dont on n'est pas encore débarrassé : ils essayèrent de sortir de l'impasse, non par une analyse plus approfondie des faits, mais en inventant des systèmes explicatifs, au nom d'hypothèses qu'on peut rétrospectivement appeler physiopathologiques ; on doit toutefois préciser tout de suite que cette physiologie prématurée était purement verbale.
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