Si, depuis le développement de la pathologie, on n'emploie plus le mot maladie(s) qu'au pluriel, la notion de santé (au singulier) a survécu trop longtemps, car c'est un concept vide pour lequel on s'efforce de trouver une espèce de contenu dans l'existence d'une force biologique intérieure à l'individu, qui serait la résistance à « la » maladie. C'est un fâcheux archaïsme, comme nous allons le démontrer.
Les concepts globaux unitaires ont été ébranlés par la bactériologie, c'est-à-dire grâce à l'école pasteurienne, soulignant la nécessité de toujours définir santés et maladies les unes par rapport aux autres : il y avait non pas une force de résistance à la maladie mais des immunités spécifiques naturelles ou acquises (spontanées ou provoquées) à un certain nombre de maladies. Par contraste on découvrait peu à peu qu'un très petit nombre de maladies répondaient aux thèmes simplistes où l'hérédité est tout et l'environnement rien (hémophilie, maladie de Tay-Sachs), et aussi qu'un nombre à peine plus grand d'affections répondaient aux schémas simples où tout est dans l'environnement (la peste, la variole, ou l'intoxication oxycarbonée), alors que, dans la plupart des cas, la maladie naissait, sur des terrains génétiques définis avec une extrême précision, par l'action d'un certain nombre de facteurs extérieurs à l'individu, uniques ou associés, dont les actions étaient très étroitement spécifiques.
Chacun de nous a des maladies successives ou simultanées et chacun de nous a des prédispositions très variées et très spécifiques ou des protections plus ou moins efficaces, mais toujours très définies, vis-à-vis de facteurs multiples de l'environnement, facteurs qui ont d'ailleurs leur histoire propre dans le monde naturel. Enfin, il y a actuellement d'innombrables exemples de sujets porteurs de maladies indiscutables, mais contrôlées, et qui sont en état de santé thérapeutique, parce qu'ils se soignent, et tant qu'ils se soignent. Pour tous ces sujets, cela a encore un se […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 15 pages…



