4. Śaṅkara dans la pensée de l'Inde
Le courant de la pensée śaṅkarienne tire sa force du fait qu'il prend sa source dans une tradition ancienne dont il n'a fait que développer les conséquences extrêmes. Nombreux sont les ouvrages des disciples du maître et de leurs successeurs. Son influence s'est maintenue jusqu'à nos jours ; les réformateurs et penseurs religieux du xixe siècle – Rāmakrishna et Vivekānanda, par exemple et leurs actuels héritiers – se réclament de lui et continuent de commenter ses enseignements, qu'ils soient exposés dans les œuvres dont on peut avec certitude lui attribuer la paternité ou dans d'autres qu'il a dû simplement inspirer.
Par ailleurs, outre ses disciples, il ne faut pas négliger l'importance d'autres advaitin, ses contemporains, avec lesquels il se trouvait en opposition sur des questions de détail et dont il a ainsi suscité l'alacrité d'esprit. On cite en particulier un certain Maṇḍanamiśra, dont les travaux reflètent les opinions de la Pūrvā Mīmāṃsā, l'exégèse védique dont, théoriquement, le Vedānta – ou Uttarā Mīmāmsā – représentait un aspect plus récent.
L'influence de Śaṅkara ne s'est pas seulement exercée sur ses contradicteurs immédiats, mais c'est aussi par rapport à lui que se situent les autres grands commentateurs des Brahma Sūtra. C'est en le réfutant que ces derniers – Rāmānuja et Madhva particulièrement – ont défini leur position métaphysique : il avait trop marqué la spéculation vedāntine pour que ses opposants puissent poursuivre leurs argumentations sans avoir entrepris sa réfutation sur un nombre plus ou moins grand de points doctrinaux.
Sur le plan religieux, le matha fondé par lui à Śṛṅgiri subsiste encore et se déclare de son obédience stricte. On compte les diverses communautés śaṅkariennes parmi les plus fidèles à la tradition issue non seulement des Upaniṣad mais même du Veda. Elles sont souvent en liaison étroite avec le culte et les sanctuaires śivaïtes.
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