3. La libération
La seule connaissance digne de ce nom consiste à se saisir comme à la fois connaissant, connaissable, synthèse primordiale et finale du connaissant et du connaissable. Telle est la seule voie possible ouvrant sur la libération.
Cette libération, c'est-à-dire la fuite hors des liens du saṃsāra, présente elle-même, dans le système de Śaṅkara, un caractère original ; il avait rangé les êtres en quatre catégories résultant de leurs agissements antérieurs (karman). Les hommes ignorant tout de la discipline védique, il les place au plus bas, au même niveau que les animaux. Les deux catégories suivantes se classent suivant le degré de connaissance concernant les rites et les dieux ; la quatrième seule, qui inclut la connaissance du Brahman suprême, permet l'accès à la délivrance définitive. Śaṅkara envisage en effet une double sorte de libération : la première, correspondant au troisième niveau des êtres, introduit dans le monde des dieux personnels, relatifs par rapport au Brahman absolu. C'est dans la mesure où il professe l'existence de cette forme inférieure de libération qu'on peut le qualifier de śivaïte, Śiva étant pour lui l'Īśvara – le Seigneur – régissant ce domaine encore transitoire. À l'union avec le Brahman absolu, dépassant infiniment l'étape précédente, ne parviennent que ceux qui sont devenus conscients de l'identité de leur soi individuel avec le Brahman, Soi universel.
En fait, la délivrance est la prise de conscience de cette identité essentielle. Ainsi, pour Śaṅkara, le rôle de la connaissance (jñāna) est-il primordial en ce qui concerne l'obtention du salut. Voilà pourquoi il ne considère les rites que comme préparatoires : ils représentent une discipline de purification nécessaire, quoique insuffisante, rendant seulement l'esprit plus apte à la discipline supérieure qui est, elle, d'ordre cognitif (jñānayoga). Pour reprendre la classification traditionnelle de la Bhagavad Gītā, c'est dans le jñānayoga que vient se fondre la discipline de l'acte (karmayoga) ; quant […]
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