Poète protéiforme, Weöres se sert de toutes les traditions, européennes et orientales, pour définir sa propre poétique. Son immense œuvre possède à la fois le souffle épique et visionnaire d'un Hugo et la rigueur méthodique d'un Mallarmé. De ce fait, Weöres occupe une place à part dans la poésie hongroise ; il est impossible de le classer dans un des grands courants littéraires de son pays. Weöres a précisé ses conceptions et a donné une espèce d'art poétique. La critique a souvent été confondue et désorientée par la richesse et la variété de l'œuvre de Weöres ; pourtant, les déclarations contenues dans les textes en prose permettent de découvrir une cohérence étonnante dans cette poésie multiforme et apparemment insaisissable.
1. Points de repère
Né en 1913 à Szombathely, Sándor Weöres passe dix ans à Pécs (1933-1943), où il fait ses études universitaires et travaille comme bibliothécaire, avant de s'installer définitivement à Budapest. En 1937, il fait un voyage en Asie et visite l'Inde, Ceylan et la Chine. Précoce, Weöres écrit des poèmes dès l'âge de quatorze ans ; le poète Mihály Babits le découvre très tôt et lui ouvre la revue Nyugat. Son premier recueil paraît en 1934 ; depuis lors, il a publié une vingtaine d'autres recueils dont les plus importants sont Méduse (Medúza, 1943), Le Péristyle des dents (A fogak tornáca, 1947), La Tour du silence (A hallgatás tornya, 1956), Fontaine de feu (Tűzkút, 1964), Sombre Saturne (Merülő Saturnus, 1968) et Psyché (1972). Weöres a publié plusieurs livres de poèmes pour enfants, trois pièces de théâtre et de nombreuses traductions ; il a traduit Mallarmé et le poète géorgien Rousthavéli, Eliot et Chevtchenko, mais il préfère, selon son propre aveu, ses traductions de Laozi, de Chuyouan et de William Blake.
La vision très moderne qu'il a des fonctions de la poésie a amené Weöres à reconsidérer l'histoire de la poésie de son pays et à en publier une anthologie très originale (Három veréb hat szemmel, Trois moineaux avec six yeux, 1977), […]
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