3. Le modèle du roman historique à la chinoise
Vers la fin du xvie siècle, les 240 sections réparties en 24 juan, ou chapitres, de l'édition ancienne sont groupées en 120 hui, ou « séances », du coup coiffées de titre double. Peu après le milieu du xviie siècle, Mao Zonggang donne à l'ouvrage son aspect définitif en ajoutant un court préambule à l'abrupte entrée en matière et de savoureux commentaires sur le fond et la forme : nulle atteinte n'est portée au style de Luo Guanzhong, qui parvient à rendre presque naturel le mélange des langues vulgaire et classique, savamment dosé selon les personnages dans un texte dépourvu d'épithètes épiques et rempli de discours ouverts par des milliers de yue (« dixit ») ; pauvre en descriptions, la narration est menée tambour battant tant est grande la presse des événements et des personnages (plus de quatre cents), et cela malgré les dimensions d'un ouvrage qui, intégralement traduit, dépasserait largement les trois mille pages. La tradition rapporte que Luo Guanzhong se serait attelé à la tâche colossale de « romancer » toute l'histoire de la Chine, la rendant à la fois accessible au vulgaire et plaisante au lettré. Ce serait donc par le roman historique que s'est effectuée cette première mutation d'un genre revendiquant une plus grande considération. La seconde mutation, qui s'amorce à la fin du xvie siècle, fait découvrir que le propre du roman est la fiction et le réalisme de la langue parlée. De ce point de vue, le San Guo shi yanyi ne soutient pas la comparaison avec le Shui hu shuan et moins encore avec le Jin Ping Mei dont la plus grande partie ne couvre que quelques années, l'un et l'autre romans atteignant cependant près du million de caractères. Pourtant, le roman des Trois Royaumes prête le flanc au reproche opposé d'avoir trop d'imagination et de jeter la confusion dans les esprits en mêlant « trois parts de fiction à sept parts de réalité ». Les épigones n'y échappent qu'en tombant dans la « popularisation » pure et simple. Les […]
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