Poète, philosophe, dramaturge, traducteur, journaliste, prédicateur, critique, théoricien de la religion, de la culture et de l'État, Coleridge est l'une des plus riches figures du renouveau romantique anglais. Porte-parole du sursaut idéaliste contre le rationalisme héritier des Lumières, qu'il tente de libérer de l'associationnisme en réhabilitant la spiritualité créatrice, il opposa inlassablement aux progrès de l'utilitarisme et à la fragmentation individualiste des valeurs l'image d'une civilisation axée, non sur l'accumulation des richesses, mais sur la qualité et la solidarité des âmes. Son œuvre, tout entière placée sous le signe du désir d'unité, joua un rôle considérable dans la révolution du goût, la renaissance du sentiment religieux et l'élaboration de la notion de « culture ». Il fut l'inspirateur le plus marquant du transcendantalisme américain.
Malade, obsédé par ce qu'il appelait la corrosion de son courage, il mena, dans la hantise de la stérilité et de la faiblesse, une vie difficile qui fut une longue lutte contre le désir de mourir – « un rêve douloureux dans la somnolence fébrile de l'aube » –, obstinément axée à travers la quête de l'échec sur le refus d'un bonheur qui eût « efféminé sa pensée ».
1. De l'expérience du malheur au rêve utopique
Treizième et dernier enfant d'un pasteur du Devon, Coleridge est né à Ottery Saint Mary dans le Devonshire. À la mort de son père, en 1782, il est expédié à Londres et se réfugie dans la littérature d'évasion, la philosophie et la politique. D'abord tenté par le compromis unitarien entre anglicanisme et méthodisme, il se passionne pour le panthéisme (Bruno, Spinoza), le gnosticisme et l'illuminisme (Boehme), le matérialisme chrétien (Hartley) et le fidéisme (Kant, Schelling), suivant une démarche typiquement éclectique qu'il s'efforce d'ordonner à partir d'une réflexion sur la fonction et la nature du symbole partiellement empruntée aux néoplatoniciens. Durant une brève période, il adhère à l'intellectualisme associa […]
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