Au cœur de la tradition brahmanique classique (depuis le ~ viiie s. et jusqu'à nos jours) se trouve l'idée que l'existence n'est rien, si on la réfère à l'essence. Le monde des phénomènes n'est pas dépourvu d'être propre (comme le pensent les bouddhistes), puisqu'il est soutenu par le Principe (le brahman), dont il est issu et auquel il fera retour à la fin du cycle cosmique pour renaître à nouveau, et cela indéfiniment. Mais le déploiement de la manifestation est, par définition, transitoire, non permanent, précaire.
Aussi les hindous ont-ils ressenti, dès l'origine, une sorte de « nostalgie de l'Être », un « goût de l'Absolu » qui les a conduits à un pessimisme métaphysique radical : tout ce qui existe est soumis à la loi du malheur, de la souffrance (sarvam duḥkam : « tout est souffrance »). Chez l'homme, que le désir pousse à agir, chaque acte est créateur de karman ; et celui-ci détermine à quel degré de l'échelle hiérarchique des êtres (des animaux aux dieux) l'individu devra renaître après sa mort. Les paradis eux-mêmes (et les enfers) où vont, pour un temps, ceux qui ont accompli des œuvres exceptionnelles en bien (ou […]
