5. Controverses chrétiennes autour du salut
Le début du christianisme a donné la prédominance au salut eschatologique, déjà manifesté dans la première venue cachée de Jésus-Christ, qui, par sa mort et sa résurrection, a brisé les barrières entre les hommes et réalisé la réconciliation, et qui, dans sa seconde venue glorieuse, ressuscitera les morts, métamorphosera les vivants, apportera le salut à la terre entière. On trouve des traces de cette attente de l'imminence du salut eschatologique dans la plus ancienne épître du Nouveau Testament : « Dieu ne nous a pas destinés à subir sa colère, mais à posséder le salut par notre Seigneur Jésus-Christ, mort pour nous afin que, veillant ou dormant, nous vivions alors unis à lui » (I Thess, v, 9-10).
Cependant, il y a aussi dans le Nouveau Testament une autre ligne de pensée qui compte avec le retard de la parousie, c'est-à-dire du retour de Jésus-Christ, et qui, dans cette attente et cette veille, insiste sur le salut déjà présent aujourd'hui dans la prédication de l'Évangile à tous les hommes, jusqu'aux extrémités de la terre : « Allez donc : de toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps » (Matt. xxviii, 19-20).
On constate donc, dès le Nouveau Testament, une certaine controverse entre les tenants d'un salut ultime et proche, d'une part, et les tenants d'un salut immédiat et persévérant, d'autre part, entre ceux qui vivent de l'attente du Royaume et ceux qui pratiquent la persévérance et la fidélité de l'Église au milieu de la permanence du monde tel qu'il est, ensemencé déjà de la puissance de l'Évangile, mais pas encore transporté ni transformé dans la gloire du royaume. Sans attente eschatologique, l'Église risque toujours de se prendre elle-même pour le Royaume. Ce sont les confusions et les illusions du triomphalisme. Mais, sans pratique ecclésia […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 7 pages…



