3. Le judaïsme ancien
À de rares exceptions près, « sauveur » est, dans l'Ancien Testament, un titre réservé à Yahvé ; mais le salut que promet ou procure le Dieu sauveur se situe à plusieurs niveaux différents, entre lesquels on discerne une progression du moins spirituel au plus spirituel. Il s'agit d'abord de la préservation ou de la libération de maux ou de dangers temporels, comme on l'a vu dans la religion grecque courante. Cette perspective se fait jour par exemple dans le cantique de gratitude et de confiance attribué à David qui vient d'être délivré de la main de Saül : « Yahvé est mon rocher, ma forteresse et mon libérateur, mon Dieu est mon roc, en lui je m'abrite, mon bouclier, ma corne de salut, ma citadelle et mon refuge, mon sauveur, toi qui me sauves de la violence ! J'invoque Yahvé digne de louanges, et de mes ennemis je suis sauvé ! » (II Sam., xxii, 2-4) ; les hommages à l'adresse du Dieu sauveur, formulés dans les mêmes termes et révélateurs de la même attitude, sont nombreux dans les livres poétiques de la Bible ; ainsi le Psaume XXXI (2-3), également attribué à David : « En toi, Yahvé, je m'abrite : que je ne sois jamais confondu ! Par ta justice délivre-moi ! Tends vers moi ton oreille, hâte-toi de me sauvegarder, sois pour moi un rocher de refuge, un château fort pour me sauver ! »
La doctrine du salut commence à évoluer quand elle concerne, non plus la protection individuelle, mais la sauvegarde du peuple élu tout entier dans les grands dangers et les lourdes épreuves de son histoire ; telle est la conception qui a cours par exemple dans le récit de la traversée de la mer Rouge : « Moïse dit au peuple : « N'ayez pas peur ! Restez sur place et voyez le salut que Yahvé réalisera pour vous aujourd'hui, car les Égyptiens que vous voyez aujourd'hui, vous ne les reverrez jamais plus ! » (Ex., xiv, 13) ; et encore dans les poèmes d'Isaïe relatifs à l'exil de Babylone : « Israël sera sauvé par Yahvé, en un salut perpétuel. Vous ne serez ni honteux, ni confus, à perpétuité »
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