2. Le Salon de 1846, ou les préférences du poète
Il en va très différemment dans le Salon de 1846, où Baudelaire bouscule l'ordre établi. À une interrogation sur le rôle de la critique (chap. i, « À quoi bon la critique ? ») succède un chapitre sur le romantisme avec la célèbre définition « le romantisme n'est précisément ni dans le choix des sujets, ni dans la vérité exacte, mais dans la manière de sentir », et l'affirmation, tout aussi célèbre, selon laquelle « qui dit romantisme dit art moderne, c'est-à-dire intimité, spiritualité, couleur, aspiration vers l'infini, exprimés par tous les moyens que contiennent les arts ». On ne s'étonnera pas qu'à un chapitre sur la couleur (iii, « De la couleur » : « les coloristes dessinent comme la nature ; leurs figures sont naturellement délimitées par la lutte harmonieuse des masses colorées. Les purs dessinateurs sont des philosophes et des abstracteurs de quintessence. Les coloristes sont des poètes épiques ») succède une étude d'ensemble sur Delacroix (iv). Le même modèle se poursuit jusqu'aux détestations de Baudelaire (x, « Du chic et du poncif », xi, « De M. Horace Vernet »), et l'auteur termine comme il a commencé, par une réflexion synthétique en deux points : xvii, « Des écoles et des ouvriers » et xviii, « De l'héroïsme de la vie moderne », où il aborde ce qui va devenir l'un de ses thèmes majeurs.
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