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SALON DE MUSIQUE, film de Satyajit Ray

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2.  Crépuscule d'une époque

Le film a été tourné au palais des Chondhurry au Bengale, le lieu même qui a inspiré le conte. La qualité de la prise de vue, en noir et blanc, souligne les contrastes entre la lumière vive des terrasses du palais et la pénombre des appartements. Cet éclairage contribue à fusionner chorégraphie et musique. La mise en scène raffinée de cette œuvre intimiste met en relief une musique de sitar lancinante. Elle transforme la scénographie du film en un espace inquiétant et génère aussi un sentiment d'immuabilité. La caméra reste discrète, cernant des plans moyens sur les déplacements lents du personnage principal. Il s'agit de montrer le crépuscule d'une époque déjà révolue. Le Salon de musique symbolise les derniers sursauts d'une aristocratie indienne désemparée face à l'ascension d'un monde affairiste. Dans un entretien, Satyajit Ray ajoutera : « Mon personnage ne comprend pas que le féodalisme s'écroule, que lui et sa classe vont être balayés. Je m'intéresse à toute une tradition en train de mourir. Cet homme qui croit à son devenir et à la permanence de sa culture est une figure pathétique. » Le film se construit sur ces correspondances et oppositions, jouant sur une progression symétrique des destinées sociales. L'appauvrissement de l'un génère l'enrichissement de l'autre, cristallisant l'affrontement entre une aristocratie cultivée et une bourgeoisie parvenue. Les murmures d'un salon de musique répondent à la cacophonie du monde moderne. La fuite du temps dépossède l'aristocrate de sa femme, de son fils, de ses richesses. Le zamindar n'existe plus que dans une forme de résistance contemplative. Seule la musique permet finalement de fixer le temps et de perpétuer l'instant. Elle devient peu à peu le personnage central du film. Art menacé depuis l'avènement de la République indienne, dépourvue du soutien financier de mécènes, la musique traditionnelle ne bénéficie plus que d'un encouragement précaire. Puisant dans une tradition d'indépendance bengalie, le film apparaît comme un défi à l'industrie « Bollywoodienne » triomphante et bruyante de Bombay après 1955.

Le Salon de musique n'est pas seulement une méditation sur un monde en voie de disparition. Plus métaphysique, il annonce le caractère inéluctable de la mort. L'Inde s'inscrit en filigrane face à la question plus universelle du désenchantement du monde. Cette nostalgie visionnaire n'est pas sans parenté avec celle du Guépard (Il Gattopardo, 1962) de Luchino Visconti. Dans La Maison et le monde (palme d'or 1984 à Cannes), consacré à l'œuvre du poète Rabindranath Tagore, Satyajit Ray renoue avec cette démarche méditative amorcée en 1958.

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…  furent absentes pendant une quarantaine d'années de la radio et de la télévision indiennes. *Même sa participation au sublime Salon de musique n'inspirait au sitariste fantasque qu'un dédaigneux : « Je n'aime pas tellement travailler pour le cinéma. » Satyajit Ray relate pourtant (dans le livret qui accompagne la bande originale du… Lire la suite

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