Frère de Joseph Reinach (1856-1921), homme politique et publiciste qui mena campagne contre le boulangisme et en faveur de Dreyfus, et de Théodore (1860-1931), lui-même archéologue et historien, Salomon Reinach, né à Saint-Germain-en-Laye, membre de l'Institut et conservateur des musées nationaux, s'illustra par de nombreux ouvrages dans les domaines de l'archéologie, de la philologie et, surtout, de l'histoire des religions, à la grande époque où on lisait, en même temps que lui, et sur les mêmes sujets, J. G. Frazer, W. R. Smith, E. Durkheim. On lui doit notamment un Manuel de philologie classique (2 vol., 1881-1883), un Répertoire des peintures grecques et romaines (1922), les quatre volumes de Cultes, mythes et religions (1904-1912 ; un cinquième volume s'y ajouta en 1923) et un Orpheus, histoire générale des religions (2 vol., 1909 ; rééd 1914 et 1928). Ce dernier ouvrage entendait présenter « pour la première fois un tableau d'ensemble des religions, considérées comme des phénomènes naturels et non autrement », et ambitionnait — sorte de gageure en un temps où les querelles politico-religieuses avaient atteint leur paroxysme — de fournir la base d'un enseignement destiné à figurer dans les programmes scolaires, au nom des droits désormais reconnus à « la raison laïque ». L'abbé Loisy, qui venait d'être excommunié puis nommé professeur au Collège de France, s'en prit aussitôt à la naïveté et aux ambiguïtés de ce projet pédagogique : « Il ne faut pas se dissimuler, écrit-il, qu'un manuel d'histoire des religions ne serait pas un livre quelconque, apprécié seulement pour ses mérites scientifiques comme les manuels de géométrie et de chimie. » (À propos d'histoire des religions, 1911). Et, naturellement, jamais l'instruction publique n'utilisa le « manuel » qui lui était ainsi proposé.
L'œuvre majeure de Reinach, qui s'intitule Cultes, mythes et religions, et à laquelle Freud s'est référé souvent, notamment en écrivant son Totem et Tabou (1913), aborde l'étude des religions par le biais des grandes notions opératoires en honneur à l'époque : l'animisme, la magie (qui est « la science non encore laïcisée »), le tabou (« interdit non motivé », transmis par héritage de nos ancêtres animaux à nos ancêtres humains), le sacrifice, le totem, dont l'auteur prétend trouver des exemples dans tous les dieux sacrifiés du monde gréco-romain : Orphée, Hippolyte, Actéon, Phaéton... C'est sur ce dernier point, en particulier, que Salomon Reinach se trouva, en même temps que l'anthropologie britannique, pris à partie par un autre courant de la discipline, l'École française de sociologie, qui, soucieuse en premier lieu de comprendre la religion à partir de la nature même de la société, entendait clarifier la terminologie en usage, et d'abord la notion de totémisme.
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