4. La « Guerre de Jugurtha »
Ce récit d'une opération « coloniale » de Rome, menée entre 110 et 104 avant J.-C. contre le roi numide Jugurtha, la Guerre de Jugurtha fut écrite par Salluste après le Catilina, et forme couple avec lui. Même affirmation, dans une préface, de la supériorité de l'esprit, même pessimisme, aussi, à l'égard des activités politiques. La Guerre de Jugurtha est un autre exemple de l'évolution de Rome, et qui la conduisit à la guerre civile. Salluste connaît la province où s'est déroulée la guerre (malgré une bévue qui lui fait placer Cirta, Constantine, près de la mer !) ; il s'est fait traduire les ouvrages, rédigés en punique, sur l'histoire du pays. Il a un souvenir précis des paysages et sait les évoquer avec vigueur. Ce qui l'intéresse, ici encore, c'est l'arrière-plan politique, dans Rome même, aux événements militaires. Le héros de l'histoire est Jugurtha, qui n'est pas sans ressembler un peu à Catilina : même vigueur, même absence de scrupule, même ambition. Un Catilina barbare. C'est la corruption des dirigeants romains qui fournit au roi les moyens de réaliser son plan : éliminer ses frères d'adoptions, qui partagent le pouvoir avec lui, et régner seul. À chaque crime nouveau, quelques versements de plus à tel ou tel magistrat, et les choses s'arrangent. Mais Jugurtha, en véritable barbare, ignore la mesure ; il n'a pas prévu le sursaut d'indignation qui soulèvera contre lui l'opinion populaire. Et c'est cette indignation qui donnera au peuple le courage de s'opposer aux manœuvres des factions au pouvoir.
Par une ironie du sort, à laquelle Salluste est sensible, la première victime du conflit entre le peuple et les nobles sera Metellus, un noble « vertueux », et C. Marius, son adversaire, qui devra son commandement au peuple, vaut moralement moins que lui. Cependant, le processus est en marche irrésistiblement. Le sommet de l'œuvre est le discours de Marius au peuple. Marius, favorisé par la fortune, plutôt moins bon général que Metellus, mais loué aussi […]
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