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SALLUSTE (~87 env.-~35)

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3.  La « Conjuration de Catilina »

Dans le prologue de la Conjuration de Catilina, Salluste se justifie d'écrire des ouvrages historiques, exaltant la prééminence de l'esprit sur le corps. On décèle l'influence du stoïcisme romain sur la distinction établie ici entre ce qui relève de la mortalité et ce qui est impérissable. Dans ces développements, peut-être influencés par Posidonius, qui venait juste de disparaître, se reconnaît l'effort des Romains de ce temps pour comprendre, en raison, le cours de l'histoire. La Conjuration de Catilina fut pour Salluste l'exemple qui permit une réflexion sur les causes qui ont provoqué la dégradation du vieil esprit romain. La nature, le caractère, la psychologie du Catilina ne sont que des causes occasionnelles ; ce qu'est le personnage n'est que l'effet de causes plus générales, qui résident dans l'évolution économique et spirituelle de l'État romain (dans cette analyse, Salluste se souvient de Platon, mais aussi, sans doute, du De republica de Cicéron). Catilina, produit de cette évolution historique, cristallise autour de lui ceux des Romains qui lui ressemblent, pris, comme lui, dans une frénésie d'argent et d'ambition. Dans cette perspective, les individus comptent moins que les types psychologiques. Salluste est déjà (comme le sera Tacite) le peintre de groupes politiques. Cela explique – mieux qu'une hostilité systématique – pourquoi la figure de Cicéron n'est pas mise en grand relief dans le récit. L'action du consul est jugée, pourtant, avec équité. Le Catilina n'est à aucun degré un pamphlet. Salluste reste parfaitement objectif. On regrette souvent (c'est un point de vue de l'historiographie moderne) que la chronologie des faits ne soit pas fixée avec précision. Toutefois, autant qu'on peut la reconstituer d'après d'autres témoignages, elle est exacte ou du moins elle n'a subi aucune déformation volontaire.

Le moment le plus dramatique du traité est le récit de la séance du Sénat, lorsque la conjuration fut enfin démasquée, et, dans cette séance, le sommet est évidemment le long discours que Salluste prête à César, et où s'exprime, avec une grande élévation de pensée, celui dont Salluste savait, lorsqu'il écrivait ces pages, qu'il devait devenir le maître de Rome. César s'y montre déjà clément – comme il voulut l'être au cours de la guerre civile –  et clairvoyant, puisque l'exécution des complices de Catilina fut l'origine de troubles ultérieurs.

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