Le théâtre indien de langue sanskrite connut son âge d'or au temps des souverains gupta, qui régnaient sur l'Inde du Nord-Ouest entre 300 et 550. C'est justement au ive siècle que se manifeste, selon la plus sûre probabilité, le génie de Kālidāsa, dont les poèmes et les drames sont les meilleurs exemples. Śakuntalā(Shakuntalâ, nom de l'héroïne) est l'exemple achevé de ce que doit être une pièce de théâtre selon les règles du Nâtya Shâstra (nāṭyaśāstra, traité normatif d'art dramatique du iie siècle environ) : l'action doit en être suffisamment pathétique pour émouvoir les spectateurs mais elle doit se clore de façon heureuse ; le surnaturel doit s'y manifester mais sans porter préjudice au naturel des situations, de la même façon que doivent apparaître sur la scène à la fois le monde de la cour et celui de la rue. Tels sont précisément le style et la tonalité du Śakuntalā, où l'on pleure et rit tour à tour, où les scènes se situent tantôt au Ciel et tantôt sur la Terre, où le roi, ses ministres, des mendiants, des marchands, des moines se coudoient et agissent de concert. L'intrigue brasse magistralemen [… ]
