Poète et diplomate français, Saint-John Perse, prix Nobel de littérature, fut une sorte de Claudel « laïc ». Ce « précieux mandarin fait de laque » était un découvreur de l'univers. Passionnément curieux de la flore et de la faune, « lecteur » de l'histoire géologique des pays où il passait, il joignait l'exploration du passé de la vieille Chine à l'« embarquement » de tout son être dans l'énorme mouvement du monde neuf.
Son œuvre, partiellement inspirée de celle de Victor Segalen, est découverte, présence, communion avec le « cosmos », puissance de l'homme de chair et de sang, vie ; circulant librement d'un règne à l'autre, de l'inanimé au vivant : Péguy parlait de « ressourcement » ; Saint-John Perse parle de « renouement ». Renouement du passé et du présent, les mondes qui existent ensemble, d'une rive à l'autre. Articulation fragile, étroite, mais indivisée, de l'homme et de la femme, dans l'amour, au cœur de l'aventure cosmique. Tout cela, de proche en proche, laissant transparaître un enracinement cosmique et mystique, en une « divinité » présente et insaisissable, un Tao, au cœur du maelström universel.
1. Une adolescence tropicale et seigneuriale
Alexis Saint-Léger Léger est né à la Guadeloupe, cette France d'outre-mer qui n'a point connu la « cure d'amaigrissement culturel et linguistique » de Malherbe et de Voltaire. Les attaches européennes de la famille sont en Bourgogne, en Normandie et en Provence. Le milieu qu'il connut à Pointe-à-Pitre rappelle la France du xviiie siècle, stricte et un peu surannée, avec une touche espagnole, marquée entre autres par le formalisme rigoureux de la formation morale.
Alexis Léger vivait dans un très compliqué mélange et croisement de races et de langues. Seul garçon d'une famille de cinq enfants, il fut, une nuit, en ce monde évasif et chaud, le centre d'une sorte de cérémonie d'initiation « śivaïque » : titubant de sommeil, on lui fit « imposer les mains » ; il fut couronné de fleurs et de fruits, et marqué au front du signe de Viśn […]
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