3. Vie socio-économique et culturelle
Bien qu'ayant conservé des habitudes nomades, les Safavides encouragent le développement de la vie sédentaire (agriculture, commerce, artisanat) ; les tribus se confédèrent (Bakhtiyārī, Qashqay). Dans les villes, au factionnalisme entre rites sunnites se substituent les luttes de factions shī‘ites regroupées en organisations corporatives. Une dichotomie existe entre shī‘ites et sunnites, et les minorités qui ont tant contribué à la grandeur de la dynastie sont de plus en plus persécutées. Cette société disparate est en partie unifiée dans ses comportements (interprétés par certains comme l'expression de la renaissance d'un sentiment iranien national et racial). La montée des Safavides coïncide avec la découverte de la route du Cap. Au xvie siècle, les Portugais monopolisent le commerce dans le golfe Persique. Au xviie siècle, Anglais et Hollandais établissent en Perse fabriques et comptoirs commerçant avec l'Europe et l'Inde. Continuateurs de la politique étrangère des Moutons-Blancs, les Safavides reçoivent non seulement d'Europe mais aussi d'Orient des ambassades de plus en plus nombreuses. Inaugurées sous ‘Abbās Ier, les relations franco-persanes amènent l'établissement de missions (Capucins, Carmes, Jésuites). Malgré l'échange d'ambassades et la signature de deux traités, la tentative d'implantation de la Compagnie des Indes orientales est un échec. C'est néanmoins aux voyageurs français que l'on doit les meilleures descriptions de la Perse au xviie siècle.
L'opinion associant la période safavide à une renaissance culturelle iranienne culminant sous ‘Abbās Ier est à réviser ; l'Europe influence de plus en plus cette culture en déclin et la littérature classique brille surtout en Inde où l'arrivée de poètes persans avec les troupes envoyées par Ṭahmāsp Ier pour restaurer le fugitif Humāyūn est une vraie invasion culturelle. Mais, si ces rois turcophones négligent les belles-lettres et encouragent la composition de traités shī‘ites en arabe, ils favorisent aussi l'éclosion d'une littérature de caractère populaire. Hors du cadre de la théologie officielle, l'école d'Ispahan opère un renouveau en théosophie shī‘ite. Parmi les productions de prestige, l'architecture, la peinture et l'art du tapis gardent leur éclat. La tourmente de l'invasion afghane brisa la brillante enveloppe de cette civilisation et jeta la société iranienne dans une profonde décadence ; le xviiie siècle, si fécond en Europe, est la période la plus sombre de l'histoire culturelle de l'Iran.
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