Par l'enseignement qu'il revint donner dans sa ville natale, Ṣadr al-dīn Muḥammad ibn Ibrāhīm, connu plus couramment sous le nom de Mollā Ṣadrā-i Shīrāzī (ou Mollā Ṣadrā Shīrāzī), est à l'origine d'une école philosophique, l'école de Shīrāz (Iran), qu'ont révélée les travaux d'Henry Corbin. L'œuvre de Mollā Ṣadrā est immense. Éditée intégralement, en Iran, depuis le siècle dernier, on commence à en percevoir les lignes de force et à y découvrir la marque d'un très grand métaphysicien autant que d'un mystique pur. Toute cette œuvre se situe, d'ailleurs, dans l'axe de la tradition des ishrāqīyyūn, les « néo-platoniciens de la Perse islamique » (Corbin), tradition issue de Sohrawardī, qui développe une conception de la connaissance comme présence illuminative, à l'Orient de l'âme, c'est-à-dire au niveau suprasensible ; cette « Sagesse orientale » a sans cesse cherché à unir la méthode des ṣūfīs, des mystiques, c'est-à-dire la voie de la purification intérieure, et la méthode des philosophes, c'est-à-dire la voie de la connaissance pure. De cette tradition Mollā Ṣadrā garde l'héritage, mais il va le restituer dans le cadre strict de la spiritualité shī‘ite la plus exigeante […]
