4. Sado-masochisme et esthétique
D'un point de vue théorique, il ne semble pas y avoir de difficultés à penser qu'il serait possible d'appréhender la question du sadisme-masochisme à travers les pratiques esthétiques les plus diverses. Si l'art, comme le pense Freud, est une des formes possibles de la sublimation, on doit pouvoir prêter attention à des œuvres où l'artiste a investi son sado-masochisme essentiel dans une forme spécifique de symbolisation. D'autre part, comment ne pas remarquer tout à la fois les références littéraires des termes « sadisme » et « masochisme », l'importance qualitative et quantitative de la littérature érotique et la fréquence avec laquelle elle met en jeu des affects sadomasochiques, l'aspect théâtral (lieu, décor, accessoires, texte ou rituel, rôles) de l'acte sadique masochique qui devient par là une sorte d'« œuvre » à part, fonctionnant en décalage par rapport à la réalité, un peu comme l'œuvre d'art, et – mot à mot – « en représentation » ?
Il reviendrait aux esthéticiens, aux historiens d'art, aux analystes de porter ainsi leur investigation sur les différents secteurs artistiques, à condition de ne pas limiter l'enquête à un recensement des situations ayant un contenu sadique-masochique (sujets des tableaux, des œuvres dramatiques, des livrets d'opéras...), mais de mettre au premier plan une étude des formes et des langages : organisation libidinale de la surface peinte, présence ou non d'un affect d'angoisse dans des architectures (réelles ou figurées), présence d'oppositions tension-détente et dissonances-consonances dans la musique.
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