3. Freud et la tradition psychanalytique
Dans ce qu'on est convenu de nommer la première topique freudienne, dont les expressions les plus élaborées sont l'Introduction à la psychanalyse et Pulsions et destin des pulsions (textes publiés l'un et l'autre en 1915), Freud ne traite pas spécialement du sadisme-masochisme. Son premier objectif, en fait, est d'abord de jeter bas la conception courante de la vie sexuelle normale, qui peut ainsi se résumer : « La pulsion sexuelle manque à l'enfant, s'installe au moment de la puberté, en relation étroite avec le processus de maturation ; elle se manifeste sous la forme d'une attraction irrésistible exercée par l'un des sexes sur l'autre ; son but serait l'union sexuelle ou du moins des actions qui tendent à ce but. » Freud y substitue l'idée que la disposition à la perversion n'est pas quelque chose de rare et de particulier, mais une partie de la constitution dite normale (Trois Essais sur la théorie de la sexualité, 1905). La perversion, pour lui, est avant tout marquée par des symptômes de fixation ou de régression à des stades infantiles de l'organisation libidinale. Il est ainsi conduit, à partir d'un matériel analytique convergent, à voir dans l'organisation sadique-masochique (il se refuse dès le départ à considérer isolément les deux termes) une fixation-régression au stade sadique-anal (deux à quatre ans), marqué par la double analogie rétention-refus, évacuation-don, la relation sadique-masochique étant effectivement spécifiée par un contrat stipulant un échange, c'est-à-dire une relation de pouvoir-soumission. Cette organisation libidinale est contemporaine des débuts de complexe d'Œdipe, dont une des fonctions est précisément d'assurer le passage au stade phallique. À la question de la « culpabilité du masochiste » Freud ne tarde pas à répondre en soulignant qu'on trouve, par l'analyse, dans une première couche préconsciente de souvenirs, une culpabilité liée à une désobéissance à l'interdiction paternelle de la masturbati […]
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