2. Position générale du problème
« Un sadique se trouve face à face avec un masochiste. Il l'entraîne sans ménagements dans un coin de la pièce, prend une profonde inspiration et, terrible, ébauche un geste de menace. L'angoisse délicieuse se peint sur les traits du masochiste. Au moment de frapper, pourtant, le sadique se ravise, baisse le bras, puis, impitoyable, laisse tomber un « non » sardonique et méchant. Sa victime pousse alors un soupir – peut-être un gémissement – d'intense jouissance. »
L'histoire, la saynète plutôt, est connue avec des variantes où, plus les défaillances de mémoire, se perçoivent les différences d'appréhension du phénomène sadique-masochique par le narrateur lui-même. Elle indique, avec la simplification mais aussi la ductilité du théâtre, combien est complexe la relation de deux conduites perverses : agressivité, honte apeurée, désir de la douleur et de la jouissance de la douleur, soumission, jouissance de la non-jouissance, de la part d'un partenaire comme de l'autre. L'idée s'insinue décidément qu'entre les deux pervers s'est instauré un contrat implicite, liant le plaisir de l'un à la souffrance de l'autre.
S'agit-il cependant vraiment d'un « couple » ? La pensée freudienne, volontiers dualiste, l'a pensé en construisant une structure sadique-masochique en parallèle avec des diptyques voyeurisme-exhibitionnisme, activité-passivité, masculinité-féminité, l'ensemble de ces comportements renvoyant à l'hypothèse, fortement accréditée, d'une bisexualité originaire de l'être humain. On verra cette notion à l'œuvre dans l'interprétation freudienne du masochisme.
S'agit-il vraiment d'une perversion ? La réponse à cette question n'a évidemment pas à être formulée en termes moraux (libéraux ou répressifs) et même pas en termes comparatifs, d'après des rapports avec une « norme ». Les comportements sadiques-masochiques ont toujours été rangés parmi les perversions sexuelles. Celles-ci se classent habituellement en perversions de but et perversions d' […]
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