2. Un pionnier de la thermodynamique
En dépit de l'importance qu'elle prit, trente ans plus tard, dans le développement de la thermodynamique, la théorie de Carnot fut pratiquement ignorée de son temps. Cela est dû au fait que les Réflexions envisageaient une machine à feu idéale, étudiée dans des conditions irréalisables, et non une machine capricieuse, inefficace, mais réelle, que les ingénieurs auraient eu à mettre au point. Il n'y eut à l'époque qu'un seul article sur l'ouvrage, et ce n'est qu'en 1834 que Clapeyron en reparla dans le Journal de l'École polytechnique et réhabilita la théorie de Carnot en la présentant sous une forme plus analytique. C'est à travers cet article que Clausius et Thomson, vers 1850, prirent connaissance de l'œuvre du précurseur. Tout à fait indépendamment, et simultanément, les deux savants purent alors concilier la théorie de Carnot et l'idée toute nouvelle à l'époque que toutes les formes de l'énergie – chaleur et travail dans ce cas – étaient équivalentes et réciproquement convertibles. Clausius et Thomson avancèrent qu'en fait la quantité de chaleur admise à la chaudière est toujours supérieure à celle qui est cédée au condenseur, d'une quantité exactement équivalente à celle du travail obtenu. Nous savons maintenant que cette rectification fut faite par Carnot lui-même dans des notes, grossièrement ébauchées et qui ne furent mises au jour que vers 1878.
Les idées de Carnot, une fois redécouvertes, eurent une influence considérable sur le développement de la thermodynamique. Elles amenèrent Thomson à découvrir l'échelle absolue des températures, en 1848, et peu de temps après, Thomson et Clausius à énoncer le second principe de la thermodynamique. Vers 1854, ce dernier, développant plus profondément ces théories, introduisit la notion d'entropie.
Ainsi, bien que, dans ses publications tout au moins, Carnot n'ait donné aucune indication montrant qu'il ait connu les principes qui sont à la base de la thermodynamique, il en fut, sans aucun doute, l'un des principaux pionniers.
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