3. De l'ethnologie à la psychanalyse
De cette analyse du sacrifice à travers les interprétations qu'en donnent les sacrifiants une première conclusion se dégage : c'est que ces interprétations varient selon les types de sociétés et que l'on pourrait parler à juste titre des cadres sociaux du sacrifice. Là où dominent les structures de communication, le sacrifice est conçu sur le modèle de l'échange (dons et contre-dons, prestations et contre-prestations). Là où dominent les structures de subordination, comme dans les féodalités ou les royautés primitives, le sacrifice tend à prendre la forme d'un acte de soumission au Maître des choses ; les prières qui accompagnent alors les oblations montrent que l'on veut fléchir la volonté divine, ce sont des paroles de flatterie, parfois de chantage : « Si vous ne mettez pas notre défunt avec sa famille, dit un texte égyptien, nous vous retirerons de l'autel les plus beaux morceaux de viande. » Lorsque la distance entre le souverain et les sujets s'accentuera, le sacrifice tendra à la récupération d'un dieu qui s'éloigne ; il sera un moyen de communion mystique. On peut suivre, depuis l'Ancien Testament, avec ses sacrifices d'alliance, d'expiation, jusqu'aux Pères de l'Église, l'évolution de ces formes de sacrifice : Dieu n'a pas besoin de ce que nous lui donnons, dit saint Irénée, puisque tout lui appartient, sauf une chose, notre liberté ; ce que nous devons lui offrir, c'est essentiellement notre vie.
Mais ces motivations sont des motivations conscientes. N'y a-t-il pas derrière elles des motivations cachées, qui seraient plus profondes ? Freud a vu dans le meurtre du père et dans le repas cannibalique qui lui succédait la forme archétypale que tous les sacrifices ultérieurs ne faisaient que répéter. Mais les psychanalystes ont abandonné le « roman œdipien » pour chercher dans les structures de l'inconscient, partout identiques, ce qu'on demandait jadis à une histoire hypothétique de l'humanité. René Laforgue relie le sacrifice à […]
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