2. La nature du sacrifice
Au lieu de chercher l'unité du sacrifice dans un point de départ bien hypothétique, car on ne sait rien des origines, ne vaudrait-il pas mieux la chercher, par exemple avec H. Hubert et M. Mauss, dans le mécanisme même de la cérémonie ? Le sacrifice est avant tout une consécration : l'homme et le divin ne sont pas en contact direct, il faut un intermédiaire entre eux pour qu'ils puissent communiquer. C'est aussi une offrande, mais ce n'est pas une offrande ordinaire ; dans l'oblation, l'objet reste intact ; dans le sacrifice, il est détruit : « Le sacrifice est un acte religieux qui, par la consécration d'une victime, modifie l'état de la personne morale qui l'accomplit ou de certains objets (par exemple, la maison quand on enterre une victime dans ses fondations) qui l'intéressent. » On trouve donc d'abord des rites d'entrée : le sacrifiant est dépouillé de son être profane, il est purifié ; le lieu, les instruments sont sacralisés ; la victime est consacrée par des lustrations et mise en contact avec le sacrifiant. Puis vient l'immolation de la victime ; le corps détruit est alors mis en rapport, suivant le cas, avec le monde sacré (rites expiatoires) ou avec le monde profane (communion alimentaire), c'est-à-dire avec les êtres qui doivent profiter du sacrifice. Enfin, les rites de sortie permettent au sacrifiant de revenir au monde profane, qui en est désormais métamorphosé. Ce schéma ne changerait jamais, mais, selon la fin recherchée, les diverses parties prennent des développements différents ; dans les sacrifices d'ordination, les rites d'entrée sont les plus nombreux ; dans l'expiation, ce sont les rites de sortie. Cette théorie repose sur la distinction durkeimienne entre le sacré et le profane ; on comprend dans ces conditions que, pour pouvoir établir un contact entre les deux, un intermédiaire soit nécessaire et que cet intermédiaire doive être détruit, car le sacré est extrêmement contagieux et cette contagion est dangereuse : « Si le sac […]
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