2. Approche phénoménologique et théologique
En tant qu'essence du religieux, le sacré indique des interdits et des attachements fondamentaux pour l'existence humaine. Il se manifeste par des prohibitions et par des préoccupations, dont ni la commodité technique, ni l'explication rationnelle, ni l'institution sociale ne suffisent à rendre compte. Il fait donc intervenir d'autres éléments, qu'il vaut mieux appeler suprahumains que supranaturels, car la notion d'une nature, justement vide de sacré, est relativement récente dans l'histoire de l'humanité. Par le sacré, l'homme se constitue un univers à la fois protégé, exigeant, orienté et prometteur. Il domestique ainsi, ou à tout le moins il se concilie, l'au-delà de son savoir, de son pouvoir et de son espoir. Il surmonte sa solitude et son errance au sein de l'univers. Il observe des règles et des rites. Il transmet des récits et des mythes. Il se situe grâce à des initiations et à des mystères. Peu à peu, l'humanité spécialise certains de ses membres dans la connaissance et la pratique du sacré. Les grandes religions organisent leurs doctrines et leurs juridictions.
Cependant, le sacré va se trouver affronté à une triple contestation. Le rationalisme ironise sur l'obscurité injustifiable des mythes et des rites. Il attaque le pouvoir des spécialistes du sacré et il convie l'humanité à se déprendre de son effroi devant l'au-delà et de son attirance vers le mystère. La tradition biblique, particulièrement chez les prophètes, entend distinguer Dieu, invisible et puissant, des idoles, trop visibles et mortes, comme si la sainteté du Dieu d'Israël et de l'Église de Jésus-Christ était autre que le sacré universellement sécrété par la terre des hommes. Enfin, la sécularisation moderne paraît bien réduire le champ du religieux en développant le seul recours technique et, du même coup d'ailleurs, en mettant en lumière la solitude humaine au sein de l'univers, solitude contre laquelle justement le sacré avait voulu se dresser. Par-dessus to […]
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